mardi 26 janvier 2010 à 12:00 Classé dans: Comité d'honneur, Pédagogies | Pas de commentaire »
Interview du parrain d’honneur de l’atelier

Sandrine Sananès : vous dites que la philosophie de l’atelier et la vôtre sont en pleine harmonie. Quels sont nos points communs ?
Carl Honoré : nous croyons tous deux que nous pouvons donner de la liberté aux enfants, en les autorisant à explorer le monde à leur manière, à jouer sans attente ou but particuliers, à créer dans la joie et la spontanéité. Concernant la peinture, il s’agit de donner à l’enfant du temps et un espace pour qu’il trouve son chemin, que sa propre magie puisse opérer. Et il en est ainsi pour chaque composante de l’enfance.
S : dans votre livre, vous citez la phrase de votre fils de 7 ans : « Je ne veux pas d’un prof qui me dira quoi faire, je veux juste dessiner ». Faire un dessin tout simplement est t – il devenu un enjeu dans notre société actuelle ?
CH : chaque part de l’enfance a été infectée par notre impatience, notre obsession de la compétition et notre tendance à gérer la vie de l’enfant dans ses moindres détails. Mais cette approche ne fonctionne pas. Un enfant n’est pas un projet, une marchandise, un trophée ou un morceau d’argile que l’on peut transformer en œuvre d’art. Un enfant est une personne qui s’épanouira si on lui permet d’être le héros de sa vie.
S : les parents qui conduisent leur enfant à l’atelier cherchent un lieu hors de « la course à la performance ». Il y aussi des parents qui sont en demande de résultats. Pouvez - vous expliquer pourquoi l’enfant a besoin de se retirer des pressions quotidiennes.
CH : Les enfants élevés sous pression se révèlent souvent moins créatifs. Leur souci est de faire plaisir aux adultes et de « faire ce qu’il faut », tant et si bien qu’ils n’apprennent jamais à prendre des risques et à faire des erreurs. Ils n’apprennent pas à penser pour eux-mêmes. Et ils n’apprennent pas à regarder en eux qui ils sont car ils sont tellement occupés à essayer d’être tels que nous voulons qu’ils soient (tels que nous le voulons). Ils souffrent également de plus de stress.
Les enfants dont la vie a été gérée, organisée, supervisée, planifiée dans les moindres détails par des adultes auront par la suite des difficultés à tenir sur leurs deux jambes. En d’autres termes ils ne grandissent jamais. C’est pour cela que les étudiants souffrent de problèmes psychiques dans des proportions jamais atteintes jusqu’à présent (un nombre record d’étudiants…). De nos jours, au beau milieu d’un entretien, des professeurs s’entendent dire par des jeunes de 19 ans qui leur passent leur téléphone portable : « Pourquoi ne voyez-vous pas ça avec ma mère ? ». On voit même des parents assister aux entretiens d’embauche pour participer aux négociations sur les salaires et les congés !
Trop de pression tue aussi la joie toute simple d’être un enfant – ce que William Blake appelait : voir un monde dans un grain de sable…tenir l’infini dans le creux de la main.
Nous avons fait de l’enfance une course et lui avons enlevé beaucoup de sa part de magie. Et lorsque l’enfance cesse d’être magique, être parent perd aussi de sa magie.
S : Carl Honoré, si vous habitiez à Paris, quelles seraient vos motivations pour inscrire vos enfants à L’Atelier de Charenton ?
CH : trouver un lieu où ils puissent jouer, apprendre, créer et rêver. Un lieu où ils puissent être des enfants.
Carl Honoré auteur du Manifeste pour une enfance heureuse et du best seller l’Éloge de la lenteur, est écrivain canadien, journaliste pour l’Economist, l’ Observer, le National Post et champion du mouvement Slow. Il est le parrain d’honneur de L’Atelier de Charenton. Il nous a accordé une interview exclusive sur la place de l’enfant dans la société actuelle.
© Texte traduit de l’anglais par Pascale Merchin. Pour les anglophones, télécharger le texte en anglais en pdf.
Le blog qui traite du Slow mouvement :
Slow mouvement
Le site de Carl Honoré :
www.carlhonore.com
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